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Avant d’investir 3,2 milliards de dollars dans des études pour un projet de TGV, exigeons des réponses claires

Annonce TGV Québec-Toronto | Source: Philippe Bonneville / Cogeco Nouvelles
Annonce TGV Québec-Toronto | Source: Philippe Bonneville / Cogeco Nouvelles

Le gouvernement fédéral prévoit d’investir 3,2 milliards de dollars dans des études approfondies pour explorer la faisabilité d’un Train à Grande Vitesse (TGV) entre Québec et Toronto. Sur le papier, l’idée semble fantastique : un transport rapide, écologique et moderne pour connecter deux des plus grandes villes du Canada. Mais avant de se lancer dans un tel projet, il est essentiel de répondre à des questions fondamentales pour s’assurer que cet investissement en vaut vraiment la peine.


Un TGV est une infrastructure coûteuse et complexe, et les coûts annoncés pour sa construction se situent entre 60 et 90 milliards de dollars. Ce montant colossal nécessite une justification solide, appuyée par des données précises.


Voici quelques questions clés que le gouvernement devrait clarifier avant de pousser le projet plus loin et dépenser 3.2 milliards de dollars.


1. Combien de passagers utiliseront vraiment le TGV ?

Les études préliminaires estiment que le TGV pourrait transporter 3 à 4 millions de passagers par an. Mais ce chiffre dépend de plusieurs facteurs :

  • Le prix des billets.

  • Le temps de trajet.

  • La fréquence des départs.

  • La commodité des gares (situées en centre-ville ou non).


Si ces conditions ne sont pas optimales, les Canadiens risquent de continuer à utiliser les moyens de transport actuels. Le gouvernement doit fournir des projections réalistes et détaillées sur l’utilisation prévue du TGV, sinon ce projet pourrait devenir un «éléphant blanc».


2. Combien de temps pour rentabiliser le projet à 60-90 milliards ?

Même si le TGV transporte 3 à 4 millions de passagers par an, les revenus générés par les billets (estimés à 600 à 800 millions de dollars par an) ne couvriront qu’une petite partie des coûts de construction et d’exploitation. Le gouvernement doit donc expliquer :

  • Combien de temps faudra-t-il pour amortir un investissement de 60 à 90 milliards de dollars ?

  • Comment ce projet sera-t-il financé ?

  • Quel sera l’impact sur les finances publiques et, inévitablement, sur les contribuables canadiens ?

Sans un modèle économique clair, il est difficile de justifier un tel projet.


3. Quel sera le coût d’abattement du CO₂ ?

Un des arguments phares du TGV est son potentiel à réduire les émissions de CO₂. En remplaçant des vols courts et des trajets en voiture, il pourrait contribuer à la lutte contre le changement climatique. Mais à quel prix ? Les premières estimations montrent que le coût d’abattement (c’est-à-dire le coût pour éviter une tonne de CO₂) pourrait se situer entre 1 600 $ et 6 800 $ par tonne. Pour mettre cela en perspective :

  • Les énergies renouvelables (comme le solaire et l’éolien) coûtent entre 20 $ et 100 $ par tonne de CO₂ évitée.

  • Les programmes d’efficacité énergétique coûtent généralement entre 50 $ et 500 $ par tonne.

  • Même des technologies coûteuses comme le captage et le stockage de carbone (CSC) reviennent entre 100 $ et 600 $ par tonne.


Ainsi, le TGV semble être une solution beaucoup plus coûteuse pour réduire les émissions qu’une multitude d’autres options disponibles. Le gouvernement doit expliquer pourquoi cet investissement colossal serait justifié sur le plan environnemental.


4. Le trajet sera-t-il assez rapide et fréquent ?

Pour rivaliser avec l’avion Montréal-Toronto (1h de vol) et la voiture (5-6h), le TGV doit être rapide et pratique. Un temps de trajet de 2h30 ou moins, avec des départs fréquents, est indispensable pour convaincre les voyageurs de changer leurs habitudes. Le gouvernement doit expliquer si ces objectifs sont atteignables avec les infrastructures existantes ou si des investissements supplémentaires seront nécessaires pour garantir un service compétitif.


5. Combien coûtera un billet Montréal-Toronto ?

Pour que le TGV soit utile et utilisé, le prix des billets doit être accessible. Un tarif souvent avancé est de 200 $ par trajet, mais est-ce réaliste ? Si les billets sont trop chers, les Canadiens continueront à privilégier leur voiture ou l’avion. Un prix compétitif est essentiel pour attirer suffisamment de passagers tout en couvrant une partie des coûts d’exploitation. Le gouvernement doit donc clarifier : quel sera le prix cible pour rendre le TGV à la fois rentable et attractif ?


Pourquoi ces réponses sont essentielles

Le TGV Québec-Toronto pourrait transformer la façon dont les Canadiens voyagent. Il pourrait offrir une alternative rapide et écologique aux trajets en voiture ou en avion, tout en réduisant les émissions de CO₂. Mais ce projet est aussi l’un des plus coûteux jamais envisagés au Canada.


Avant de dépenser 3,2 milliards de dollars pour des études, le gouvernement doit fournir des réponses claires et précises :

  • Combien de passagers utiliseront réellement le TGV ?

  • Combien de temps faudra-t-il pour rentabiliser cet investissement colossal ?

  • Quel sera le coût réel pour réduire les émissions de CO₂, et comment cela se compare-t-il à d’autres solutions ?

  • Le trajet sera-t-il suffisamment rapide et fréquent pour être compétitif ?

  • Le prix des billets rendra-t-il le TGV accessible ?


Un projet ambitieux, mais pas sans justification

Le TGV Québec-Toronto pourrait être un investissement historique pour le Canada, mais il ne peut pas reposer sur des promesses vagues ou des projections optimistes. Avant d’aller plus loin, le gouvernement doit prouver que ce projet est non seulement réalisable, mais qu’il représente aussi la meilleure utilisation possible des fonds publics.

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